Piépié's Republic of China




 

Dimanche 18 mars 2007
Voici un dessin animé sur la Chine.

Je préfère prévenir l'audience que seuls les lecteurs très ouverts ou très intéressés par la Chine trouveront un intérêt à l'animation qui suit :)



Et, merci Amanda pour ton aide,  voici la traduction des paroles, avec mes commentaires en italique:

Le Pékinois dit : "Les tempêtes de sable sont fréquentes",
Le Mongol se marre;
Tous les ans, les vents provenant du désert de Gobi amènent des tempêtes de sable à Pékin. Mais évidemment, les tempêtes de sable sont plus fréquentes dans le désert de Gobi lui-même.

Le Mongol dit : "La superficie [de la Mongolie intérieure] est grande",
L’habitant du Xinjiang se marre;
Le Xinjiang est la province la plus grande de Chine populaire.

L’habitant du Xinjiang dit : "Les minorités ethniques sont nombreuses",
L’habitant du Yunnan se marre;
On trouve au Yunnan un très grand nombre de minorités ethniques ; bon je crois que vous avez compris le principe…

L’habitant du Yunnan dit : "L’altitude est élevée",
Le Tibétain se marre;
Il se marre et il descend d’une nacelle, comme si il habitait 20 étages plus haut; ça me fait bien rigoler.

Le Tibétain dit : "Les sites historiques sont nombreux",
L’habitant du Shaanxi se marre;
Le centre historique de la civilisation Han se trouve dans le Shaanxi ; c’est là qu’on peut voir l’armée enterrée de l’empereur jaune (- 200 avant J.C).

L’habitant du Shaanxi dit : "On s’est révolté tôt",
L’habitant du Jiangxi se marre;
Le soviet du Jiangxi fut la première base du Parti Communiste Chinois, entre 1931 et 1934, avant qu’ils se prennent une vilaine rouste par les nationalistes du KMT.
Suite à cela, les Communistes effectuèrent une retraite - la Longue Marche - et le centre de la zone d’influence du PCC se déplaça dans le Shaanxi, à Yan’an, jusqu’à la fin de la guerre civile en 1949.

L’habitant du Jiangxi dit : "On mange épicé",
Le Hunanais se marre;
Les plats du Hunan arrachent la moquette. Ok ok vous aviez déjà compris.

Le Hunanais dit : "Les bonnasses sont nombreuses",
Le Sichuanais se marre;
Je ne suis pas encore passé par le Sichuan, mais c’est un stéréotype courant parmi les Chinois, et chaque personne qui y est allé me l’a confirmé.

Ensuite, dans le dessin animé, une présentatrice tourne un reportage pour annoncer que dorénavant il n’y a plus que des bonnasses dans le Sichuan :D

L’habitant du Shandong dit : "L’économie va bien",
Le Shanghaïen se marre;
Une fois exclus Taiwan et Hong-Kong, les provinces et villes autonomes les plus riches en Chine sont le Guangdong, le Fujian, le Zhejiang, le Jiangsu, le Shandong, Tianjin, Shanghai et Pékin.

Le Shanghaïen dit : "Les travailleurs migrants sont nombreux",
L’habitant du Guangdong se marre;

L’habitant du Guangdong dit : "Les personnes fortunées sont nombreuses",
Le Hong-Kongais se marre;

Le Hong-Kongais dit : "Il y a beaucoup de concubines",
Le Taïwanais se marre;
La différence de niveau de vie entre Hong-Kong/Taïwan et le reste de la Chine est telle qu’il est relativement facile pour un Taïwanais ou un Hong-Kongais d’entretenir une deuxième famille en Chine continentale, en plus de la famille qu’il a déjà à HK /Taiwan.
Les Chinois étant traditionnellement polygames, il se trouve que c’est une pratique assez courante.

Ensuite, dans le dessin animé, les cochons qui précédemment parcouraient la Chine se dirigent tous en bateau vers le Japon, qui est en fait leur pays d’origine.

Le Japonais dit : "Nous sommes humains",
Tous les cochons du monde se marrent.

Héhé ben oui les Chinois portent souvent un jugement très dur sur les Japonais, qui ont un peu de mal à reconnaître les crimes de leur Armée pendant la deuxième guerre mondiale, en Chine comme en Corée.

Pour comparer, ce serait un peu comme si l’Allemagne était réticente à reconnaître les horreurs commises en Pologne sur les Juifs et l’ensemble de la population.

Par ailleurs, tout cela est un peu instrumentalisé, en Chine comme au Japon; la vérité historique est souvent assez accessoires dans ce type de débats entre nations.
Les Turcs pourraient par exemple assez facilement faire manger leur caca aux Français sur les crimes commis pendant la première moitié du XXème siècle.
La loi sur bienfaits de la colonisation me semblent aussi hypocrite que les déclaration des négationnistes du génocide Arménien en Turquie.
Bref, pas besoin d’aller chercher les gens de mauvaise foi jusqu’en Turquie, ils se trouvent au Palais Bourbon.

Enfin moi je dis ça je dis rien hein :)
Dimanche 14 janvier 2007
Un soir, je regardais "Island of Greed" (黑金), un film un peu excessif sur la politique et le crime à Taiwan avec Andy Lau dans le rôle du flic sympa.
Alors que le héros torturait un suspect pour faire avancer plus vite son enquête, j’ai appuyé sur pause et j’ai réfléchi à un truc : en fait il y a deux Tony Leung.

Le premier, c’est Tony Leung, le beau gosse mélancolique qu’on peut voir dans 2046, Chung-King Express, Hero, Infernal Affairs, et ainsi de suite ; ça c’est facile. Le voilà en train de parler avec un micro.



Le deuxième, c’est Tony Leung, le vilain Big D dans Election (黑社会), et le méchant Chao Chiu-Sen dans Island of Greed. Le voilà en train de parler avec une montre.



Mais alors du coup c’est n’importe quoi, comment on peut faire pour les différencier ?
Finalement il n’y a pas de raison de s’inquiéter, tout a été prévu pour que ça se goupille bien : y en a un, il s’appelle Tony Leung Chiu Wai, et l’autre, c’est Tony Leung Ka Fai.

Sinon on peut toujours les appeler par leurs vrais noms – Tony ça n'est pas un nom chinois - : 梁家辉 pour Tony Leung Ka Fai et 梁朝伟 pour Tony Leung Chiu Wai.

Alors je suis d’accord, tous les acteurs chinois pourraient s’appeler Bruce Lee que ça changerait pas forcément grand-chose pour la plupart des spectateurs des films chinois, mais tout de même ils pourraient faire un effort.
Lundi 1 janvier 2007
Joris est un homme aux multiples facettes.

Né d’une famille d’honnêtes pêcheurs originaires d’Ostende, il commença sa vie dans une baraque à frites de l’arrière-pays du Brabant.
Il passa ensuite son adolescence à chanter dans les églises Gospel du Missouri, et  les paroissiens se rappellent encore aujourd’hui du seul blanc qui participait aux messes, celui-là même qu’on appelait "Brother Joris".
Passionné par les cultures orientales, il quitta le Missouri qu’il aimait tant et partit étudier quelques années dans la zone tribale du Waziristan, où il apprit à parler un pachtoune très fleuri.

Mais au bout du compte ses études de guitariste chanteur ne le satisfaisaient qu’à moitié, et il finit par changer de voie pour devenir journaliste radio.
Cette nouvelle vocation l’amena à Shanghai, la ville de tous les possibles où les piétons n’ont jamais la priorité et des fois c’est énervant.

Alors qu’il venait d’arriver à Shanghai, Joris décida d’habiter chez moi le temps de se trouver un logement.
J’eus ainsi la chance de le rencontrer dans mon appartement.
Tout se passa pour le mieux jusqu’à ce que, un après-midi, je fus tout près de me fâcher contre lui: c’était un samedi, quelques jours après son  arrivée; j’avais remarqué que Joris était un peu fébrile depuis le déjeuner.

Alors que j’étendais mon linge, il vint subitement vers moi, et me regarda comme Rouky regarde Rox un moment dans "Rox et Rouky".
Je ne savais à quoi m’attendre, mais par précaution je m’apprêtai à lui mettre une rouste pour le punir.
Il soupira, puis finit par me dire ce qui le tracassait: "Pierre, il faut que je te dise un truc : j’ai bouché tes toilettes".
Je ris d’un ton magnanime et lui dit en souriant:
"Allez va c’est pas grave, ça m’est aussi arrivé quand j’étais jeune."

Joris esquissa un sourire, et se détendit un peu.


Mais aussitôt, j’ajoutai en fronçant les sourcils:
"Par contre tu files acheter du Destop, ton caca va pas s’enfuir tout seul".
Joris arrêta d’esquisser un sourire, baissa la tête et partit à la supérette.


En résumé, Joris est très sympa, mais parfois il ne faut pas hésiter à l’envoyer acheter du Destop.




               Joris chante en pachtoune au 4 Lives à Shanghai
par Pierrot publié dans : Les gens
Mercredi 13 décembre 2006




Ben oui mais c'est fatiguant malgré tout.
par Pierrot publié dans : Les gens
Lundi 4 décembre 2006

Préambule pour les gens curieux ou précis:


Il y a 50 ans, l’administration chinoise a créé une catégorie un peu particulière pour classer ces administrés, et un mot pour désigner cette catégorie : le minzu.
Le minzu est un concept un peu fourre-tout pour, en gros, ranger toutes les personnes qui ont une culture, une langue ou une religion un peu différente des chinois mainstream : il y a ainsi les Han, qui forment 90% de la population chinoise, les Tibétains, les Ouigours, les Kirghizes, les Mandchous, etc.

Ceci dit, même en appliquant une définition de ce genre, on aboutit à des contradictions par rapport à la classification effectuée par la république populaire : ce serait un peu comme si en France on avait décidé de créer des catégories pour différencier les protestants, les Bretons, les Chtis, les Alsaciens, mais sans attribuer de catégorie spéciale aux Juifs et aux Basques qui se retrouveraient classés dans le minzu majoritaire avec les français restants.

Cette typologie a des conséquences politiques très fortes : lorsqu’un couple chinois fait partie d’un minzu minoritaire, il a le droit d’avoir plus d’un enfant. De plus, les critères de sélection pour l’entrée à l’université sont moins durs pour les étudiants des minzu minoritaires. A cause de cela, même si le concept repose sur des principes théoriques pas très stables, il a une grande importance auprès des personnes concernées.

La traduction française usuelle pour le terme de Minzu est ‘nationalité’, ce qui rend bien le principe d’inclusion entre la nationalité chinoise, qui peut se dire ‘zhonghua minzu’, et les autres nationalités. Par contre le concept devient encore plus flou : le minzu, en plus de différencier des cultures, des religions, ou des langues, peut aussi désigner l’appartenance à l’état chinois.
Même si, pour la fidélité de la traduction, il est juste d’employer le même mot pour la nationalité chinoise et les minzu à l’intérieur de la Chine, il me semble malgré tout plus pratique d’utiliser des mots différents pour désigner les deux concepts.
Bref, je vais faire comme les anglophones et utiliser le terme de ‘groupe ethnique’ :) Si on veut être vraiment précis, on peut même dire ‘groupe ethnique tel que reconnu par la R.P.C’.

Pour plus d’information sur le concept de minzu, allez écouter cette conférence.
Pour écouter un reportage radio sur un sujet connexe – les Juifs de Kaifeng -, réalisé par un mec il s’appelle Joris, allez voir là.


Histoire de Minzu n°1




J’étais venu commander mes nouilles au restaurant musulman du coin.
Les serveurs et le cuisinier rigolaient ensemble, ils avaient l’air sympathique.
Je leur souris :"Héhé."
Ils me regardèrent et sourirent en retour: "Haha."
Je répondis à leur sourire "Hahaha."
Selon le protocole en vigueur en Chine, on peut engager la conversation avec un inconnu à partir du troisième haha. Les employés du restaurant commencèrent donc par me demander d’où je venais.
- De la France !
- Ah ! La France ! …
Visiblement ça ne leur évoquait pas grand-chose.

- Et vous, vous êtes de quelle région ?
- Nous on est du Xinjiang !
- Ah ok ! Le Xinjiang ! …
Visiblement ça ne m’évoquait pas grand-chose.

On ne dit plus rien pendant quelques instants.
- Tu es de quel groupe ethnique ?
La question me parût très surprenante, et je n’étais pas sûr d’avoir bien entendu. Je vérifiai que ma compréhension était bonne.
- Euh attendez voir… vous êtes de quel groupe ethnique vous par exemple ?
- Ben nous on est des Huis !
- Ah ! Euh … moi je suis… en fait ça n’existe pas tellement dans mon pays, le principe des groupes ethniques…
- Ah bon ok.
Il y eut un moment de silence ; mes interlocuteurs n’avaient pas l’air vraiment satisfait.

Je décidai de faire un effort, et je dis d’un air songeur : "Disons que je suis du groupe ethnique de la France quoi."
Le groupe ethnique de la France semblait bien s’insérer dans leur schéma, ils étaient réconfortés.
- Ah d’accord, le groupe ethnique de la France !


Histoire de minzu n°2




Amanda et moi sommes dans un village typique Yao, près de Guilin, le genre de village où il faut payer pour rentrer et où les habitants font un effort pour se présenter sous un jour relativement typique.

Nous croisons une femme du  coin.
- Ahah !
- Ahah !
Elle a l’air sympa, et on doit lui donner bonne impression, parce qu’elle décide de sauter l’étape du troisième haha pour en venir directement au fond du problème.
- Tu es de quel pays ?
- De France !
- Ah la France !
Il semble que ça ne lui évoque pas grand chose non plus.
Il y a un moment de silence.

Elle reprend la conversation :
- Il y a des Yao dans ton pays ?
- Des Yao ? Hmmm… non je crois pas. Non, pas de Yao en France.
- Ah bon.
- Héhé.
- Haha.
Samedi 18 novembre 2006


J’étais allé au marché de produits électroniques du coin faire débloquer un portable français pour pouvoir y mettre une carte Sim chinoise.
Arrivé à l’étage des portables, des vendeurs m’indiquèrent du doigt où se trouvait la personne que je cherchais. J’allai la trouver et je lui tendis mon téléphone après avoir expliqué mon problème.

Soudain, alors que le réparateur prenait mon mobile, un homme surgit de l’escalier. Il se dirigea à grands pas vers moi et m’interpella d’une voix tremblante de colère: "Monsieur ! Ne lui donnez pas votre portable ! Ne lui donnez pas votre portable monsieur, le service ici est très mauvais, très mauvais".

Le vendeur critiqué ouvrit grand la bouche et les yeux pendant un instant, et se fâcha très fort. C’est à ce moment que la cloche sonna et que le match commença.
Depuis son stand, le vendeur, à ma gauche, 63 kg, balança un coup de poing dans la poitrine du client mécontent. Le client, à ma droite, 70 kg, recula sous l’effet du coup et ce fut son tour d’arborer un air surpris.
Le temps de reprendre ses esprits, le client resta là, à quelques pas du stand, et le vendeur le regarda en secouant violemment son index dans sa direction.
Là j’ai pas exactement tout suivi, mais il a dû lui dire quelque chose comme :
"Mais comment oses-tu venir ici m’insulter pendant que mes clients sont là ! De quoi tu te mêles raclure de bidet ! Si tu es pas content de mon service tu peux m’en parler, mais ça sert à quoi de vouloir faire partir mes clients ! Jésus te baise !".

Ne sachant trop trop que faire, j’essayai de rassurer mon vendeur en le hélant depuis les sièges des spectateurs: « Euh, t’inquiète pas, je vais te donner mon portable de toute manière, t’énerve pas ! Tu ne perdras pas ton client !»
Ils me regardèrent tous les deux et semblèrent se calmer un peu, mais rapidement, le client, fâché de s’être pris une mandale, voulut se venger. Il s’approcha à nouveau du stand et essaya de marave le vendeur qui se réfugia dans les cordes au fond de son cagibi.
Après cette tentative, le client recula à nouveau.

Le vendeur fit alors un geste au client pour lui proposer d’aller se chiffonner un peu plus loin, dans la première clairière qui leur tomberait sous la main. Ils n’étaient apparemment pas très satisfaits de leur ring, et, en effet, le stand entravait beaucoup leurs mouvements.

Le client, d’un hochement de tête, fit mine d’accepter.
Le vendeur commença à se baisser pour passer sous le comptoir afin de sortir de son stand, puis sembla craindre un coup bas du client, genre un méchant coup de latte dans la tête, et hésita. Le client comprit l’avantage qu’il détenait et revint juste devant le comptoir pour mettre un coup de pression à son adversaire.

Il y eut comme un moment d’hésitation, un peu comme si tous les deux cherchaient à gagner du temps en attendant que quelqu’un vienne s’interposer, tout en continuant à intimider l’ennemi : le vendeur en faisant croire qu’il allait sortir d’un moment à un autre, le client en feignant d’avancer vers le stand.

Finalement, une tierce personne vint se placer entre les deux rivaux, sûrement pour protester contre le manque d’orthodoxie dans le déroulement du combat.

Le troisième gars tenta de parlementer avec le client mécontent, et peu après le personnel de sécurité du marché arriva pour demander ce qui venait de se passer. Les deux plaignants plaidèrent leurs causes avec ferveur : « Le vendeur m’a mis une patate ! »
Le gardien se tourna vers le vendeur, en attendant une explication :
- Oui c’est vrai je lui ai mis une tarte, mais c’est lui, il est arrivé, il m’a traité ! Il a dit à mon client qu’il fallait pas me donner son portable, comme quoi je faisais pas du bon boulot ! Moi on m’insulte, je tape, c’est tout.

L’employé du service de sécurité se mit un bandeau autour des yeux, enfila une toge, s’assit sur un siège et mit les arguments dans sa grosse balance en cuivre avant de rendre son jugement.

Après un instant, il se tourna vers le client. Toute l’assemblée retenait son souffle.

"Le vendeur a eu tort de te frapper, mais toi tu as eu tort de venir ici l’insulter. Il ne faut pas insulter les gens". Puis, à l’ombre du feuillage du chêne qui venait de pousser là, il se tourna vers le vendeur :
"Le client a eu tort de t’insulter, mais toi tu as eu tort de le taper. Il ne faut pas taper les gens. Et personne n’aura de ceinture WBA, c’est pas la peine d’insister.".
Le client protesta : "Quoi ! mais vous le défendez ! alors qu’il m’a savaté !"
Le garde ferma les yeux et fit un signe de la main pour annoncer que la discussion s’arrêtait là, malgré les protestations du client.

Une fois les deux adversaires séparés, la première tâche du gardien était terminée. Restait la deuxième tâche : les faire devenir bon copain.
Il aurait tout de même été dommage de laisser une dispute comme ça, non résolue, alors que les deux judokas avaient en fait tout pour s’entendre.
Le type de la sécurité revint voir le vendeur une demi-heure plus tard: "Allez viens avec moi, tu montes, histoire qu’on termine cette histoire."
- Quoi ! mais il m’a traité !
- Allez fais pas d’histoires garçon, monte et on en finit. Tu lui dis que tu as eu tort de le rosser, il dira qu’il a eu tort de t’insulter, et justice sera enfin faite.
Après avoir objecté que pfff quand même, le vendeur accompagna le gardien d’un pas désinvolte.

A l’étage, le client et le vendeur se serrèrent la main, se firent un petit câlin, et on n’entendit plus jamais parler de cette histoire.

 

 

Dimanche 12 février 2006


L'invention de l'Europe est un bouquin écrit en 89 par un démographe, Emmanuel Todd.

Depuis quelques mois, je suis largement sous l'influence intellectuelle d'un ami mathématicien tendance bourdieusienne hardcore, et c'est sur ses conseils que j'ai ouvert ce torchon.
Je vais donner mon avis sur ce livre, mais puisqu'il a un peu tendance à parler à travers moi, c'est en fait plutôt le sien: la thèse portée par ce livre est une avancée majeure dans les sciences sociales (histoire, sciences politiques, sociologie). Bam.


Construction de l'hypothèse

Les structures familiales

Tout d'abord, Todd suppose que la plupart des structures familiales d'Europe peuvent être définis selon deux critères: le type des relations entre frères et soeurs, et le type de relation entre parents et enfants.
En gros, ces deux types de relations peuvent être fortes ou faibles, et à partir de ces deux critères qui peuvent prendre deux valeurs, on aboutit à quatre grands types de famille:
- parents-enfants faible et freres-soeurs faible
- parents-enfants faible et freres-soeurs fort
- parents-enfants fort et freres-soeurs faible
- parents-enfants fort et freres-soeurs fort

Le dessin de la carte

Ensuite, Todd découpe la carte d'Europe de l'Ouest en plusieurs centaines de régions (en France, ce sont par exemples plus ou moins nos départements), et tente de définir le type de famille majoritaire dans chaque région.
Pour cela, il s'aide de deux types de documents:
- les statistiques de ménage à trois générations chez les ruraux dans les années 70, qui selon lui reflèteront le caractère fort ou faible de la relation parent enfant
- les traditions d'héritage par région, qu'on peut classifier en trois grandes tendances (testament, égalité, inégalité), qui elles vont refléter trois types de relation entre frères et soeurs, respectivement indifférence (faible), égalité (fort) et inégalité (faible).

Une fois cette carte établie, Todd, sans en chercher la raison, postule qu'elle est valable pour la période qu'il va étudier par la suite, c'est-à-dire de 1500 à 1900.
Et bien que ce soit hors du champ de l'étude, Todd considère qu'on peut en étendre la validité bien avant le 16ème siècle.
C'est là une des intuitions les plus cochonnes de l'Invention de l'Europe.

A cette carte vient s'ajouter celle des systèmes agraires (propriété, métayage, fermage et grande exploitation), qui, bien que bien corrélés largement aux structures familiales, ont aussi leur logique propre.


Vérification

De 1500 à 1850

Une fois  l'hypothèse formulée, on branche le tourne-disques, on s'assoit en tailleur sur la moquette et on écoute gentiment les différents pays et les différentes zones réagir aux événements les plus importants de l'histoire depuis 1500: la découverte de l'imprimerie, la Réforme, l'alphabétisation, la déchristianisation qui suit la révolution scientifique de la fin du 17ème et les découvertes de Darwin, le contrôle des naissances, l'industrialisation, etc.

Et là, surpraïse : les populations avec une même structure familiale, une même tradition de syteme agraire et un même taux d'alphabétisation révèlent des similarités étonnantes. Bien sûr les outils d'analyse de Todd ne remplacent pas les explications historiques plus classiques, qui viennent s'ajouter aux structures familiales et aux systèmes agraires: la taille des pays, les influences des empires sur les différentes zones ou le développement industriel par exemple.

De 1850 à aujourd'hui

A partir de la fin du 19ème siècle, on demande directement aux gens ce qu'ils pensent sur les questions politiques. Cool, on va pouvoir vérifier région par région si cette histoire de structures familiales tient debout.
Ah ben ouais, avec quelques données en tête pour chaque pays, on pourrait presque fermer les yeux et deviner les formations politiques importantes qui vont apparaître. La Suisse dans la première moitié du 20ème siècle?
Oh tu sais c'est pas très difficile, y a une majorité de familles autorité-inégalité et une minorité égalité-liberté, donc déjà y aura pas de problèmes entre les deux parties du pays. Sinon à cause de la dominante autorité inégalité et parce qu'ils sont un petit pays, ils vont adopter une politique extérieure de neutralité. Et enfin ils auront trois partis majoritaires, un social-démocrate, un parti nationaliste et libéral, et puis un parti catholique qui représentera les autoritaires-inégalitaires catholiques (c'est-à-dire pas déchristianisés avant 65).
Ayé c'est fini, maintenant je peux partir à mon cours de judo, Maman donne-moi un Dinosaurus s'il te plaît.

Le modèle de Todd a une puissance d'explication étonnante. On peut être certain que les structures familiales forment le déterminant premier de l'histoire d'Europe de l'Ouest.


D'ailleurs l'auteur ne s'est pas arrêté à l'Europe de l'Ouest. Je n'ai pas encore lu La Troisième planète, mais je sais qu'il y applique son schéma sur les populations d'autres continents, notamment les Chinois, et que ça marche vachement super bien.
par Pierrot publié dans : Bouquins
 
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